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jeudi 31 décembre 2009

Le plein de sourire pour bien commencer 2010


Le site de Deloitte a référencé 25 des meilleures pires prévisions technologiques... toutes plus foireuses les unes que les autres :
Un moyen de se rappeler que stratégie doit aussi se conjuguer avec modestie et philosophie !


Avant 1900

« Les inventions ont atteint leur limite, et je ne conçois aucun espoir pour de développements futurs. »
- Julius Sextus Frontinus, ingénieur romain, 100 ans apr. J.-C.

« Les gens bien renseignés savent qu’il est impossible de transmettre la voix par des câbles et que, même si cela était possible, cette chose n’aurait aucune valeur pratique. »
- Boston Post, 1865

« Les Américains ont besoin du téléphone, mais nous n’en avons point. Nous avons suffisamment d’hommes messagers. »
- Sir William Preece, chef ingénieur de la Société des postes britannique, 1874

« Ce "téléphone" connaît trop de ratés pour être sérieusement considéré comme un moyen de communication. L’appareil n’a aucune valeur intrinsèque pour nous. »
- Note de service à la Western Union, 1876

« Tout ce qui peut être inventé a été inventé. »
- Charles H. Duell, commissaire, bureau des brevets des États-Unis, 1899.

De 1900 à 1949

« Théoriquement, la télévision est possible, mais je la considère comme une impossibilité – une percée à laquelle nous ne devrions pas perdre de temps à rêver. »
- Lee de Forest, inventeur du tube cathodique, 1926

« Qui donc veut entendre les acteurs parler? »
- H. M. Warner, Warner Brothers, 1927

« Le problème avec le téléviseur est que les gens doivent se coller à l’écran, et l’Américain moyen n’aurait pas le temps de faire cela. »- Le New York Times, 1939

« Je crois qu’il y a un marché mondial pour peut-être cinq ordinateurs. »
- Thomas J. Watson, président du conseil d’administration d’IBM, 1943

« La télévision ne saurait conserver toute part de marché après les six premiers mois. Les gens se lasseront vite de fixer une boîte de bois tous les soirs. »
- Darryl Zanuck, dirigeant à la 20th Century Fox, 1946

« Les ordinateurs du futur ne pourraient pas peser plus que 1,5 tonne. »
- Popular Mechanics, prédiction sur la marche implacable de la science, 1949

« Il semblerait que nous ayons atteint les limites du possible avec la technologie informatique. »
- John von Neumann, informaticien, 1949

De 1950 à 1999

« J’ai voyagé d’un bout à l’autre de ce pays et j’ai parlé aux gens les plus avisés, et je puis vous assurer que le traitement des données est une mode qui ne saurait durer jusqu’à la fin de la présente année. »
- L’éditeur en chef des livres d’affaires pour Prentice Hall, 1957

« Avant que l’homme ne se rende sur la Lune, votre courrier sera livré en quelques heures de New York à l’Australie au moyen de missiles guidés. Nous sommes à l’aube de la poste missile. »- Arthur Summerfield, maître de poste américain sous Eisenhower, 1959

« Le marché potentiel mondial pour les machines à photocopies est de 5 000, tout au plus. »
- IBM, 1959

« Mais quelle utilité pourrait donc avoir un circuit intégré? »
- Division des systèmes informatiques avancés d’IBM, 1968

« Il n’existe aucune raison pour quiconque de vouloir un ordinateur à domicile. »
- Ken Olson, président et fondateur de Digital Equipment Corp., 1977

« Nous ne fabriquerons jamais un système d’exploitation à 32 bits. »
- Bill Gates, fondateur de Microsoft, 1983

« Au tournant du siècle, nous vivrons dans une société sans papier. »
- Roger Smith, président de General Motors, 1986

« Je prédis qu’Internet... sera une supernova et qu’en 1996, il s’effondrera de façon catastrophique. »
- Bob Metcalfe, fondateur de 3Com, 1995

« La société Apple est déjà morte. »
- Nathan Myhrvold, ancien chef de l’information chez Microsoft, 1997

Après 2000

« Nous prévoyons que l’année 2001 sera une autre année de forte croissance avec une croissance du marché de 25 à 30 pour cent, et pour ce qui est de nous, la croissance sera encore plus rapide. »
- Pasquale Pistorio, chef de la direction de STMicroelectronics, 2001

« Le pourriel sera mort dans 24 mois. »
- Bill Gates, fondateur de Microsoft, 2004

« Il n’y a pas beaucoup de vidéos que je désire regarder. »
- Steve Chen, cofondateur de YouTube, 2005

« Noël prochain, le iPod sera mort, fini, disparu, fichu. »
- Sir Alan Sugar, fondateur d’Amstrad, 2005




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mercredi 1 juillet 2009

L'araignée, l'éléphant et le Goeland

Il y a bien, bien longtemps, dans un autre monde, des animaux se morfondaient.

Au fin fond de la savane, un éléphant regardait passer un vol d’oies sauvages. « Je suis le plus grand des animaux, on me respecte pour ma sagesse mais je ne peux pas m’élever dans les airs. »

Volant au dessus des flots, un goéland regardait vers le ciel. « Je suis capable de résister aux tempêtes, je peux franchir les océans, mais le soleil va toujours plus vite que moi. ».

Sur une plage tropicale, une araignée admirait la lune. « Je suis ici sur le sable chaud, mais la belle sélène me reste à tout jamais inaccessible. Pourtant je voudrais bien tendre mon fil vers ce brillant joyau ».

Tous les trois, allèrent faire part de leur demande au roi des animaux. Celui-ci, après les avoir longuement écoutés, leur délivra ce message. « Pourquoi considérez-vous les barrières comme infranchissables ? Vos rêves doivent être des moteurs et pas des sources de frustrations. Volez, courez, sautez sans limites et rien ne vous résistera. »

Ils s’appelaient Jumbo, Concorde et Apollo. C’était il y a bien, bien longtemps sur une autre planète, dans un tout autre millénaire.

Si je vous raconte cette fable, c’est que nous célébrons, par une curieuse coïncidence, les 40 ans des premiers vols du Jumbo 747, du Concorde 001 et de l’arrivée du premier homme sur la Lune.

Cette étonnante conjonction ne doit rien au hasard. Rappelez-vous ! 1969, c’est l’époque où l’industrie est reine, où le summum de la réussite est d’être ingénieur. Epoque de l’innovation technologique à outrance. Ere des « techno boys ».

Le 747 est le cri de survie génial d’une société Boeing qui venait de perdre un énorme marché de gros porteur militaire.
Concorde est la réponse réussie des « vielles nations » au projet concurrent de HSCT de l’oncle Sam.
Apollo siffle la fin de partie entre l’URSS et les USA dans une course effrénée aux lanceurs spatiaux de grande puissance.

3 projets qui, chacun à leur manière, ont marié un rêve d’ingénieurs et un esprit politique visionnaire.
Boeing voulait répondre avant l’heure à une demande du tourisme de masse.
Concorde marque la volonté d’un De Gaulle de construire une aéronautique européenne indépendante.
Apollo, c’est la force d’un Kennedy pour entraîner toutes les énergies d’une nation dans un match où la première mi-temps était en faveur des « hommes en rouge », avec le succès de Spoutnik et de Gagarine.

Mais ces trois projets, malgré la charge du symbole qu’ils représentent, marquent aussi la fin de l’époque de l’ingénieur roi ! 1969, c’est l’apothéose de ce que certains ont appelé les Trente Glorieuses et dont on tire le rideau de fin, en 1973, avec le premier choc pétrolier.

Le cycle économique suivant n’a pas de nom. On pourrait suggérer celui des Trente Oublieuses, car nos pays occidentaux « oublient » les fondamentaux de l’industrie pour se jeter à corps perdu dans les services et la finance. Fini les ingénieurs et vive les golden boys !
L’araignée, l’éléphant et le Goéland, synonymes des grands succès de cette société du virtuel s’appellent Google, Vivendi ou Lehman Brothers.

En fait, c’est plutôt le monde occidental qui bascule, en considérant avec un certain dédain cette industrie qui a pourtant été créatrice de valeur. Les pays émergeants d’Extrême Orient connaissent des « trente glorieuses » à un rythme accéléré, alors que nous créons des bulles : bulle des matières premières, bulle immobilière, bulle Internet, bulle des subprimes.
Remarquez ; cela n’est pas tout négatif ! Durant ces Trente Oublieuses, le monde est devenu global, nous permettant de nous approvisionner dans un supermarché planétaire. Une télé coréenne, un téléphone finlandais, des chaussures italiennes, un jogging indien, une voiture française, un ordinateur américain, voilà bien notre quotidien.

Oui mais, la fin de ces « Trente Oublieuses », avec la monstrueuse crise qui nous submerge, nous laisse un goût amer en bouche. Une sorte de grand KO généralisé.

Pourtant ne soyons pas nostalgique de ce fabuleux exploit qui a fait vibrer l’Humanité toute entière en ce mois de Juillet 1969.

En sortant de la crise actuelle, nous entrerons dans un nouveau cycle des trente quelque chose, puisque notre monde moderne fonctionne avec cette régularité de « métronome de génération ».

Certains disent que ce sera l’ère des « green boys », celle d’une humanité respectueuse de son environnement, nourrie à coup de bons sentiments Al Goresques ou Yan Arthus-Bertrantesques et de peurs calorifico-climatiques. Je crois plutôt que nous aurons un mixte des deux derniers cycles, associé de quelques touches vertes. Redécouvrir la valeur de son industrie, être capable d’y adosser des services de qualité sans oublier la maîtrise des ressources naturelles, voilà bien le grand enjeu.

Mais, car il y a un mais, il est difficile de faire rêver lorsqu’on parle de budget et de simple comptabilité. Choisir un objectif ambitieux, innovant, sans compromis et expliquer pourquoi on veut l’atteindre, voilà bien le véritable enjeu de ce début de troisième millénaire. Il est temps de redécouvrir l’économie romantique, celle du Politique visionnaire, qui, seule peut réellement enflammer les foules.

« Nous choisissons d’aller sur la Lune dans cette décennie. Non pas parce que c’est facile, mais parce que c’est difficile. Parce que ce but servira à organiser, à mesurer le meilleur de nos énergies et de nos connaissances. Parce que c’est un défi que nous sommes prêts à relever. Parce que c’est un défi que nous ne voulons pas remettre à plus tard. Parce que c’est un défi que nous avons l’intention de gagner ».


C’est de John Fitzgerald Kennedy, un 14 octobre 1962, sept ans seulement avant le célèbre : “Ok, contact light. Houston, Eagle has landed”

Oui l’aventure continue … Il faut seulement la réinventer, parce que c’est notre raison d’être.

mardi 17 février 2009

Vous êtes désirable !!!

Les informaticiens sont devenus en quelques années de redoutables joueurs de scrabble. Il est loin le temps du « bug » (6 points), ou plus récemment du blog ou du spam (tous les deux à 7 points). Voici venir l’ère du buzz, qui, avec ses 4 lettres, affiche fièrement 24 points, pouvant, avec un peu de chance et un mot compte triple, dépasser largement les 70 points ! Non vraiment, en rapport coût performance, il n’y a pas mieux que le buzz et certains l’ont bien compris !

Mais au fait, c’est quoi un buzz (prononcez « beuz »), vue que parmi les honorables lecteurs de cette newsletter, il n’y a pas que des bilingues français – Google ?

Le buzz est le résultat du mariage harmonieux du hoax, du blog et du spam.

Je vous vois déjà pâlir ! Vous avez décroché ! Le langage à la mode Internet est devenu hermétique. C’est normal. Tout clan se croit obligé de créer sa propre langue de spécialiste. Ne rigolez pas : vous faites de même.

Le hoax, c’est la rumeur diffusée sur la toile. Vous savez, celle à laquelle on se fait prendre au moins une fois et que vous rediffusez avec la plus grande bonne foi vers votre carnet d’adresse, ne faisant ainsi qu’amplifier ladite rumeur (exemple type : l’hôpital X qui a besoin en urgence de sang YY pour sauver la petite ZZ).

Le spam, lui, vous l’endurez, car il encombre vos boîtes aux lettres de messages de publicité.

Le blog enfin s’apparente au journal intime, sauf qu’il est ouvert à tous et que les internautes peuvent commenter vos messages. Il y a des blogs « fleur bleue », des blogs politiques, des blogs technologiques et bien d’autres encore. Et certains bloggeurs sont devenus de véritables maîtres à penser et de redoutables faiseurs d’opinion.

C’est là qu’a germé dans la tête des marketeurs, l’idée d’utiliser les bloggeurs pour hoaxer la bonne parole vers les communautés hyper spécialisées : le rêve devenu réalité avec un cœur de cible atteint à 100%. En utilisant le Buzz, comme un hoax « positif », on s’approprie les moyens les plus modernes du marketing viral ! Ce n’est plus la société qui prêche la bonne parole mais la communauté des internautes. C’est comme les chaînes épistolaires de notre enfance où l’on devait renvoyer un message à 10 amis, sauf que là, les amis sont des milliers.

Prenons 3 exemples.

Le « buzz de promesse » est admirablement maîtrisé par l’enseigne à la pomme, fabricante du Mac et autres gadgets technologiques. Le i-phone en est le dernier exemple. Comment vendre, en effet, un nouveau concept de téléphone qui, très accessoirement, sert à téléphoner. Steve Jobs jouait sur du velours car ce qui caractérise les Apple-maniaques, c’est leur technophilie exacerbée et leur appartenance quasi initiatique à la secte des croqueurs de pomme. Bref il a suffi de distiller vers les bloggeurs les plus influents quelques infos exclusives dans les 6 mois précédents la sortie de l’objet déjà choyé et, par le miracle de la contagion Interneto-virale, l’achat frénétique était quasi assuré. Encore fallait-il que le gadget tienne ses promesses, mais là, c’était la culture maison qui était à l’œuvre.

Cas plus surprenant, le « buzz de tendance » qui va d’abord surfer sur une attente sociétale. L’exemple type est le manger sain. Le gras est à bannir, l’essentiel est dans l’entretien du corps et tant pis si notre gastronomie en prend un coup ! La frite, compagne de toujours de notre steak national doit déguerpir de l’assiette et au plus vite … sauf si on peut réussir des frites sans matière grasse. Surfer sur cette tendance du sain, voilà qui a dû donner bien des maux de tête aux ingénieurs du groupe Seb … mais voilà, ils ont réussi leur coup. Connaissez-vous Actifry, la friteuse sans huile ? Non ? Et pourtant c’est l’un des tous derniers grands succès de l’electro-ménager. Des ventes d’un produit grand public qui explosent presque sans publicité : possible en mariant une véritable innovation technologique avec un incroyable buzz sociétal. Hormis la qualité intrinsèque du produit, je suppose que la rapidité du succès fait suite à un repérage des gourous ménagers et autres Weight Watcher, et à une « instillation », en avance de phase, d’une information privilégiée et crédible (Tefal du même groupe avait déjà fait le coup de la poêle qui n’attache pas, même sans huile). C’est là toute la magie des nouvelles technologies, qui permettent à l’information d’aller là où elle sera audible. Faites un tour sur Internet et vous serez surpris par le nombre de forums parlant de cette friteuse hors du commun. Car au-delà du buzz, les designers ont aussi joué un rôle essentiel. Dans la friteuse à panier de nos grand-mères on voyait l’huile dorer progressivement la patate découpée. Avec l’ère du manger moins gras, la friteuse est devenue hermétique et sans odeur : on cache le gras. Aujourd’hui, la friteuse sans huile se pare d’un immense hublot afin de pouvoir montrer, avec fierté, la magie opérer ! (Bon j’arrête là ma campagne de pub, sinon cela va paraître suspect. Toutefois, cher Monsieur SEB, pour la commission commerciale, vous pouvez m’appeler à tout moment !)

Reste afin le « Buzz de rêve » ! Lorsque M. Harold, nom bien évidemment inventé, responsable d’un office de tourisme, est rentré dans une agence de publicité, il a dû en étonner plus d’un. Voici une tentative de reproduction du dialogue qui a pu exister.
- Bonjour M. Harold. Que puis-je pour vous ?
- Je voudrais faire de la publicité
- C’est normal, nous sommes là pour ça ! Et qu’elle est votre cible client ? La région ou le pays ?
- Non, le monde entier et en plus je veux avoir les meilleurs créneaux en « Prime Time ».
A l’intérieur de l’agence, je pense qu’à ces mots, un court instant de silence absolu a dû parcourir les bureaux.

Retrouvant son professionnalisme, l’agent a sans doute expliqué, de manière docte et courtoise, le coût d’une campagne mondiale qui se chiffre en un sacré paquet de millions de dollars et que seuls quelques majors peuvent se payer.
- Et vous, Monsieur, votre budget est de combien ?
- 100 000 dollars et pas un de plus.

Vous pensez que tout cela n’est que délire. Et Pourtant M. Harold a eu tous les prime time du monde et, en plus, hors des fenêtres de pub, lui assurant de fait une notoriété exceptionnelle.

M. Harold est responsable de l’office touristique de Queensland en Australie et a « inventé » le métier de gardien de la grande barrière de corail rémunéré 76500 euros + villa de fonction. Avec ce rêve à l’allure de fantasme universel, le buzz a fait rapidement le tour de la planète, relayé par toute la presse, créant pour moins de 100 000 dollars une notoriété à faire pâlir de jalousie les Coca Cola et autres Procter et Gamble.

Le Buzz est de fait, une arme redoutable au service des entreprises qui savent le maîtriser. Outil idéal dans un monde où la crise économique réduit de manière drastique les budgets de communication, son emploi avec succès nécessite toutefois de respecter deux règles :
- Etre le premier a avoir la « bonne idée ». Le buzz est unique. Il n’y aura qu’un buzz i-phone et les autres i-machins de Samsung, LG et autres Nokia ne pourront profiter du même impact.
- Etre capable de tenir la promesse évoquée dans le buzz, sinon gare au tsunami en retour, dont la puissance destructrice sera dévastatrice pour l’image de la société. Car un buzz marche dans les deux sens.

Le buzz aujourd’hui est encore balbutiant. S’il connaît ses premiers succès vers le grand public, il reste à inventer le buzz des marchés Pro. Mais l’objectif est le même, car, qu’il soit adepte des linéaires de grandes surfaces ou acheteur de grand groupe, vous serez toujours heureux lorsque votre client, parlant de votre nouveau produit, s’exclamera enfin : « vous êtes désirable »

samedi 2 septembre 2006

J’aime bien la rentrée !

Il y a, fin Août, un moment quasi hors du temps où le monde économique n’est pas encore sorti de son rythme estival, où les gens sont souriants et prévenants, où les voitures n’ont pas encore pris l’habitude de se remettre en position de chenille.


C’est pour cela que j’aime bien la rentrée.

Oh pas la rentrée scolaire car ma barbe grisonnante et mon comportement de bobo font que je me trouve dans la catégorie où la progéniture préfère se retrouver plus avec les potos qu’avec les parents (prononcer pôtô avec un plus gros accent circonflexe sur le premier o. Pour les ignares issus du vingtième siècle comme moi, ce mot peut approximativement se traduire par copain, en vieux français).

Non, moi la rentrée que j’aime bien, c’est la rentrée professionnelle. Celle qui va faire se retrouver les collègues du bureau :

- Les blancs : c'est-à-dire ceux qui ont déjà terminé leur vacances depuis un mois, les adeptes de la crème solaire indice 60, les stagiaires spéléologues, les œnologues ayant fait le tour des caves ou enfin les aoûtiens ayant pris leur vacances dans le nord, l’Ouest et l’Est de la France (on ne peut pas gagner tous les ans).

- Les foncés : c'est-à-dire ceux ayant éclusé le bassin méditerranéen ou le reste de la France (voir plus haut), les frimeurs spécialistes de l’autobronzant («incroyable, j’avais un micro climat au dessus de notre village de vacances »), les bricoleurs ayant abusé de la soudure à l’arc et les premiers ministres. Mais là, j’avoue, je n’en ai pas beaucoup dans mon entourage.

J’aime bien la rentrée car elle recrée autour de la machine à café, ce lien social si particulier qui va faire que votre équipe fonctionnera bien.

J’aime bien la rentrée même quand je franchis la porte de mon bureau car, sur la table, je trouve le courrier bien ordonné : « quel plaisir d’avoir des assistantes efficaces » !


Bon d’accord, en cumulé, il y a bien 1 mètre de papier mais je trouve le tas des urgents, le tas des « peut attendre », le tas des publicités, et le tas de mon journal économique préféré. Tiens c’est bizarre, il me semblait avoir suspendu mon abonnement pendant l’été ! Oui mais c’était sans compter avec l’acharnement marketing dû à un fichier indépendant de celui des abonnés et :

1- Qui m’a permis de recevoir gratuitement et comme offre de découverte, trois semaines de mon quotidien,
2- Qui me promet ensuite de recevoir la montre 36 aiguilles, l’enregistreur de message multi fonctions, la station météo qui dit la pluie et le beau temps
3- Qui m’assure enfin, si je suis sélectionné, d’un méga tour du monde dans les plus grands palaces.

Je ne s’avais pas que mon journal favori faisait aussi agence de voyages et grand bazar !

Tout cela est parfait et me permet de mener rondement et efficacement mes deux premières heures de travail.

Vient alors le moment d’allumer mon ordinateur. Et là, comme un réflexe, je serre les maxillaires, mon cou se raidit, un frisson parcours mon dos. Car le moment fatidique arrive : je vais ouvrir ma boîte à mails.

L’ordinateur pédale un peu, le réseau s’échauffe et l’écran imperturbable annonce, comme toujours, la catastrophe pourtant prévisible : « vous avez reçu 2416 messages ». Rapide calcul : je passe 10 secondes à lire chaque titre, je suis donc lancé pour 24160 secondes soit approximativement 7 heures sans pose, ni arrêt, pour uniquement reproduire informatiquement le tas des « urgents », des « peut attendre » et des « pubs ».

Bon, tant pis, en bon stakhanoviste de l’informatique, je plonge. Et là, je suis heureux de voir combien l’on me veut du bien :

- Untel me propose le Viiiiagra (avec 4 i pour tromper les logiciels anti spams) à des prix défiants toute concurrence
- Un autre m’offre 10% pour servir d’intermédiaire dans une opération visant à faire sortir d’un pays africain, les millions de dollars de son/sa pauvre père/mère atrocement attaqué par des rebelles
- Un troisième m’indique que mon prêt aux Etats-Unis a été accepté
- Un casino me propose gratuitement 3000 euros en fonction du montant que je mettrai sur son compte

Et ainsi de suite. Et là, je dis stop car je n’aime plus du tout cette rentrée. Combien d’heures sont ainsi perdues dans les entreprises pour retrouver au milieu de ce fatras de Spams, le mail du client qui attend sa réponse urgente ?

On nous avait promis un monde nouveau grâce à la révolution des TIC (Technologies de l’Information et des Communications). Alors expliquez-moi pourquoi j’ai une folle envie d’appuyer sur la touche « suppr » pour cet outil devenu complètement incontrôlable et dévoreur de temps ?

Que l’on me comprenne bien. Je serais plutôt du genre technophile curieux.

J’adore les CD qui m’ont permis de reproduire sans les gratouillis du vinyl l’ambiance des auditoriums et des salles de spectacles.
Je suis heureux de courir avec mon MP3 sur les oreilles
J’ai redécouvert les joies du « développement photo » avec les appareils numériques et les logiciels de traitement d’images
Je suis satisfait de la mobilité que m’apportent les ordinateurs portables.
Je suis même compréhensif face à la contagion du « Téou », vous savez cette maladie qui touche aussi bien la superbe naïade voisine de serviette sur la plage ou le cadre en costume trois pièces assis à vos côtés dans le TGV de 5h30 du matin, qui a, comme symptôme principal, le besoin irrésistible de localiser dans la seconde son petit ami ou son collègue de travail (« tu es où ? ») et qui entraîne comme effet secondaire la sortie en sursaut de votre torpeur estivale ou matinale. Vous souriez ? Vous les avez aussi rencontrés ?

Tout cela, c’est maîtrisable et sans gros danger !

Mais le Spam est devenu, à lui seul, une peste pernicieuse pour notre efficacité.

Je sais, certains vous diront que cela démontre un secteur d’activité pas encore mature. Mais en attendant la stabilisation, le Spam sature les tuyaux Internet, nos « mail box » et nos neurones.

D’autres affirmeront l’efficacité des logiciels anti-spams. C’est sans compter avec l’ingéniosité des spammeurs : bataille infini entre l’armure et l’épée et succès assuré pour le chiffre d’affaire et la côte en bourse des éditeurs de logiciels concernés !

Alors face à cette attaque des TIC prônons l’éthique de TIC. Rêve insensé dans un réseau mondial ? Bien évidemment, mais il faudra rapidement qu’un minimum de régulation se fasse si l’on ne veut pas voir disparaître cet outil fabuleux que représente le mail.

Devrons nous arriver à une FINUL de l’Internet pour séparer les spammeurs margoulins des utilisateurs professionnels ? L’urgence est criante même si elle vient du monde virtuel. Alors courage lorsque vous ouvrirez votre ordinateur et bonne rentrée.