dimanche 14 février 2021

CoronaVaccin : l'an foiré !

 

Mais quelle merveilleuse année, nous venons de vivre !


Bon là, ami fidèle de ces lignes, soit tu lis en transversale cette chronique et il ne se passe rien. Soit tu compares le titre et l’intro et ton cerveau disjoncte instantanément. Et pourtant, l’année vingt-vingt est peut-être bien une des plus belles en terme de recherche. On disait que les français se désintéressaient des sciences et des technologies. Erreur majeure. Nous nous sommes tous transformés, en quelques mois, en spécialistes de l’ADN, de l’ARN messager et autre spike. Mieux encore, nous avons tous une opinion affirmée sur les virus et leur diffusion. Les commentaires concernant l’efficacité vaccinale se sont substitués à ceux sur la météo d’Evelyne Dheliat dans les discussions du café du commerce. Enfin, seulement à l’époque lointaine où les bars étaient ouverts.

Et pourtant ! Qui a réellement compris la bataille qui se jouait à l’échelle de nos cellules ? Les hackers d’internet font bien pâle figure à coté de ce combat sans merci. Allez, un peu de révision ne nous fera pas de mal. L’ADN, c’est la star du vivant. Une sorte de Bibliothèque Nationale de France, ultra protégée dans nos cellules, qui possède notre partition de la vie. A côté, l’ARN fait l’effet d’un petit être chétif, une collection Arlequin de roman de gare qui ne survit que la durée d’un trajet en train. L’ARN, on le voyait comme une sorte de photocopie traductrice qui allait dire à nos usines à protéines (les ribosomes) quoi fabriquer. Ensuite, poubelle. Autant dire que pour un chercheur, il n’y avait pas de gros intérêts à travailler dessus si on voulait réussir une brillante carrière.

C’est là qu’intervient une anachronique hongroise, Katalin Kariko. Elle a d’abord vécu dans une ville qui aurait fait le bonheur des scrabblistes du dimanche : Kisujszallas. Sa passion, c’est l’ARN messager. Mais cela intéresse tellement son labo de Szeged, qu’elle s’en fait renvoyer. Elle décide alors de traverser l’Atlantique avec son modeste pactole financier caché dans l’ours en peluche de sa petite fille. A elle, l’Amérique et plus précisément l’Université de Temple à Philadelphie qui lui tend les bras. Le rêve américain ?… Enfin pas vraiment. Dans le pays du « business as usual », elle enchaine les refus de bourses de recherche.

« C’est qui cette hurluberlue qui continue à vouloir travailler sur l’ARN, alors que le futur est dans l’ADN  ? »

Le coup de grâce tombe en 1995 lorsqu’elle est rétrogradée du rang de professeur à celui de simple chercheur. Mais la dame s’accroche. En 1997, elle croise à la photocopieuse un certain Drew Weissman qui travaille sur le VIH. A eux deux, ils découvrent le moyen de protéger l’ARN synthétique afin de rentrer dans les cellules sans se faire bousiller au passage. Un truc assez génial que l’on va retrouver dans les vaccins et qui pourrait bien leur valoir un bon gros Nobel.

Mais je digresse, je digresse.

Donc, revenons à notre pauvre virus affamé. Il n’a pas d’autres moyens que de rentrer tel un voleur dans les cellules pour pirater les ribosomes grâce à ses ARN afin de détourner à sa faveur, la fabrication des protéines dont il a besoin pour survivre. Il est astucieux le bougre. Avec un petit crochet (spike), il s’agrippe à la cellule avant de déverser sa cargaison à l’intérieur. Et c’est là que s’engage la bataille dantesque : les ribosomes se mettent à produire en masse les constituants qui vont donner en quelques heures des millions de particules virales. Si notre système de surveillance ne détecte pas suffisamment tôt l’intrus, nos cellules sont alors détruites en masse. C’est ce qui arrive avec le SARS-CoV-2 qui n’a pas déclenché d’alarme intrusion car le corps ne le connaissait pas.

Et c’est là qu’interviennent les vaccins à ARNmessager. En gros, on injecte des ARNm avec le mode d’emploi pour fabriquer des pathogènes ressemblant au virus. Là c’est de la très haute technologie. L’ARNm est équipé d’une armure de graisse lui permettant de passer la barrière de la cellule (l’innovation de dame Kariko). Puis il demande gentiment à l’usine ribosome de fabriquer une protéine qui va ressembler au spike du virus. Celle-ci va alors ressortir de la cellule pour entrainer le système immunitaire à reconnaitre le danger et quand le vrai virus arrive, paf, c’est le massacre à la mode Rambo. Car le système a de la mémoire, le bougre : c’est encore mieux qu’un collier d’immunité dans Koh Lanta !

L’avantage de la technique, c’est qu’elle est reconfigurable et que nos petits ARN messager sont rapidement évanescents. Pfuit, ni vus ni connus !

Alors oui, cette chronique est bien le troisième volet de la saga coronavirage et coronalphabet commencée il y a un an. Et si votre pervers chroniqueur l'a affublé du terme de "l’an foiré", c'est uniquement pour vous induire en erreur. Car l'an foiré existe vraiment mais en 2021 avec 4 des 11 jours fériés qui tombent un WE.

Et là, franchement, aucun vaccin ne pourra traiter cette malédiction !

 

André Montaud

montaudpro@gmail.com

mercredi 27 mai 2020

CoronAlphabet : le dictionnaire à l'épreuve du virus

Le 17 mars à midi, en tirant la porte de nos bureaux, j’avais le sentiment étrange de vivre un instant unique de la vie. 55 jours plus tard, alors que le tic-tac de l’horloge reprend son cours, je vous livre ce coronalphabet, petit abécédaire d’un confinement où chaque heure fut un long voyage intérieur immobile.

 


Agile
n.m : impossible de ne pas commencer cette chronique par les soignants, tant ils ont été notre phare et notre bouée de sauvetage. J’aurais pu choisir le mot « abnégation », mais la fabuleuse intelligence collective qui a permis de passer de 5000 à 15000 lits de réanimation en quelques jours méritait bien ce coup de projecteur en montrant le meilleur de ce que l’Homme est capable de réussir

Business n.m. : business as unusual. On fait quoi quand toutes ses certitudes s’effondrent ?

Confiance, communication, crise n.f. : ça se bouscule à la lettre C. Le coup du nuage de Tchernobyl qui s’arrête aux frontières ne peut plus fonctionner dans une société où l’information, vraie ou fausse, circule à la vitesse de l’éclair. Jetez un œil non partisan sur les communications politiques de la Chine, Taiwan, France, Allemagne, USA ou Brésil et vous aurez de quoi préparer vos futures communications en temps de crise.

Déconfinement n.m. : A ne pas confondre avec la décompensation. Exercice effroyablement périlleux, piloté par un ésotérique R0 dont la valeur, et donc le résultat, est connue avec un décalage de 15 jours. « Quoi ? On a fait une bêtise ? Non, ça va ! »

Exponentielle n.f :  Courbe s’envolant vers le ciel qui a quelque chose d’effrayant lorsqu’elle décrit le nombre de contaminations et la projection qui peut en être faite. « Marcel, ressort moi mon livre de terminale que je potasse un peu les logarithmes pour linéariser tout ça ».

FiFo abv. : First In First Out (premier entré, premier sorti). Un des grands classiques de la gestion industrielle et logistique qui devrait s’appliquer à toute saine gestion physique de stock, fut-il stratégique (à l’exception des bonnes bouteilles de Margaux et autres Bourgogne).

Géopolitique n.f. : « Usine du monde » ou « monde des usines » ? 145 petits nanomètres ont fait exploser en quelques secondes un dogme de trente ans

Heure n.f. : « à l’heure actuelle » ou son synonyme « à ce stade » sont des expressions de la novlangue signifiants, « mais je n’en sais strictement rien de ce que nous devrons faire demain ». Mais c’est plus classe.

Impression 3D n.f. : on la connaissait comme une technologie de geek (on doit dire makers aujourd’hui). Elle a gagné ses lettres de noblesse en produisant nuit et jour des visières et autres pièces de rechange pour les respirateurs et a donné une fierté toute particulière aux équipes qui contribuaient.

Javel n.f. : Se dit de l’hypochlorite de sodium. Virucide extrêmement puissant qui, quoiqu‘en disent certaines sources autorisées outre Atlantique, ne doit pas être injecté dans les bronches ou les veines des malades.

Kilomètre n.m : nouvelle unité de mesure, issue du confinement, dont la valeur 2 vaut 135 euros lorsqu’on la pratique à pied

Lucidité n.f. : méfiez-vous, comme de la peste, de la lucidité rétrospective, maladie très fréquente lors de situations dramatiques. Elle se repère par le nombre de « je vous l’avais bien dit ».

Masque n.m. : très ordinaire bout de tissu, qui aurait pu fait pâlir de jalousie tous les boursicoteurs du dimanche si la situation n’avait pas été si grave. La culbute des prix, fois 10. Du jamais vu.

Numérique n.m. : le web a tenu, parfois chaotique, parfois irritant, parfois parfait, mais toujours là, assurant un lien social, certes virtuel, mais qui a pallié notre manque dans le monde réel. Qu’aurions nous fait 50 ans plus tôt, accrochés à notre transistor grandes ondes et à notre téléphone noir en bakélite ?

Où adv. : « mais où sont-ils passés ? » : pas la moindre trainée d’avion dans le ciel bleu azur, ou si peu. Quelques vols d’affaires, d’énormes C19 américains transportant des écouvillons de l’Italie vers les USA, des Beluga d’Airbus faisant la navette France-Allemagne, sinon rien. La crise du transport aérien se lit dans les nuages.

Pollution n.f. : un bonheur dans le malheur. Les grandes métropoles perdent leurs oxydes d’azote, l’atmosphère est limpide au point de voir l’Everest depuis Katmandou, les gaz à effet de serre plongent drastiquement. Un plaisir de l’instant mais qui nous montre la gigantesque marche qui reste à accomplir pour respecter le protocole de Paris.

Quatre n.m. : 4 milliards d’humains recroquevillés sous la vague épidémique. La moitié de notre monde en position stop et une nature qui en profite pour reprendre ses droits. A moins que ce ne soit cette dernière qui ait décidé de siffler la fin de la partie.

Réouverture n.f. : « réouvert » ou « rouvert » ? Le ou la Covid ? Quel autre animal sur Terre se préoccuperait de la valeur d’un « e » muet ou du sexe d’une maladie ?

Science n.f. : quand la science est muette, le média parle.

Télétravail n.m. : nouveau mode de travail apparu au 21ème siècle, passé du rang de « évidemment que c’est bien mais, c’est impossible chez nous » à « c’est obligatoire ».

Usine n.f. : voir géopolitique

Virus n.m : petite bête, parfois couronnée, se déplaçant préférentiellement en avion. Incroyable corrélation entre la diffusion du COVID19 et les grands couloirs aériens

Wuhan n.p : « bourgade chinoise » de 11 millions d’habitants ayant acquis une notoriété soudaine en janvier 2020

Xpert contract. humoristique : « les grands experts, très assurés ; les petits experts, qui manquent d’expérience sur Zoom et dont on ne voit que le nez, le menton et les lunettes en gros plan ; les soi-disant experts, qui répètent ce qu’ils ont entendu une heure avant sur une autre chaîne ou à la radio ; et, enfin, les faux experts qui lancent des craques en espérant faire le buzz. À force de tous les regarder, j’ai découvert un théorème, que je vous propose : plus il y a d’experts, moins on comprend. » (Claude Malhuret au Sénat)

Zoom n.m : marque commerciale d’un outil de visioconférence et de webinaire découvert en quelques jours par des milliers d’entreprises. Zoom est au blabla, ce que Frigidaire est au froid. Expression populaire : « on se fait un tchat sur zoom »

 

Ainsi se termine cette tranche de temps entre parenthèses. Une étonnante période où le sens de la vie, du travail, de la famille a pris une toute autre dimension. Je ne sais pas ce que sera « le monde d’après », mais ce qui est sûr, c’est que nos arrière-arrières petits-enfants interrogeront leurs parents avec une malice toute particulière « dit, ton papi, il a connu le jour où la Terre s’est arrêtée ? »

 

Andre Montaud

vendredi 20 mars 2020

CoronaVirage : sortie de route annoncée



La chronique que je vous livre aujourd’hui est inhabituelle dans sa forme, sa longueur et son style. C’est une tranche de vie, comme l’extrait d’un journal intime écrit au fil des jours. Un exutoire à une angoisse qui m’a habité depuis presque trois mois et dont ce premier épisode s’achève à quelques jours du printemps, lorsque la Terre appuie sur le bouton STOP.


31 décembre 2019 : Tic-Tac, Tic-Tac, Tic-Tac. La vieille horloge franc comtoise égraine le temps comme elle le fait si bien depuis des siècles.

Moi : Si loin, déjà si loin. La neige plus ou moins artificielle sauve les vacances de Noel dans les stations. Carlos Ghosn rentre de son long séjour japonais. La bourse est au plus haut. Les australiens se battent contre de gigantesques incendies. Le débat sur la réforme des retraites fait rage. On entre dans une nouvelle année. Le Monde est toujours Monde.

Pendant ce temps-là, en Chine, on tousse …

Tic-Tac, 4 janvier 2020 : les médias occidentaux font état d’une mystérieuse pneumonie qui aurait fait son apparition dans un marché de gros, en plein cœur d’une ville totalement inconnue, Wuhan.

Moi : aucun souvenir

Tic-Tac, 9 janvier : 400 peut-être 500 chinois sont diagnostiqués positifs à ce que l’on nommera plus tard SARS-CoV-2. Une grippe, rien de plus.

Moi : aucun souvenir

Tic-Tac, 15 janvier : Ça commence à s’affoler côté Chine où les réseaux sociaux contournent les médias officiels ; le virus virule dur et voyage déjà en s’invitant en croisière. La terrible saga démarre. Mais en France, on parle encore d’une grippe et de coronavirus.

Moi : tiens c’est quoi, au fait, un coronavirus ? Tu dis quoi Google ?  Virus en forme de couronne lorsqu'ils sont observés au microscope, identifiés pour la première fois chez l'humain dans les années 1960 et qui causent principalement des infections respiratoires. Rien de bien méchant.

Tic-Tac, 20 janvier : la transmission interhumaine est confirmée. Les premiers confinements se mettent en place. A Wuhan, les télés commencent à montrer des désinfections de rues avec des hommes en combinaison.

Moi : bizarre, bizarre, ces chinois. Ils montrent leurs muscles ?

Tic-Tac, 24 janvier : 45 millions de chinois sont mis en confinement. La Chine lance en urgence la construction de 2 hôpitaux d’une capacité totale de 2600 lits. 25 janvier : les festivités du nouvel an chinois sont annulées, les déplacements réduits, les écoles fermées jusqu’en avril. 30 janvier : l’OMS déclare l’état d’urgence de santé publique de portée internationale. En Europe, officiellement, on ne s’affole pas, mais on rapatrie les ressortissants basés à Wuhan

Moi : ça ne sent pas bon tout ça. Il va falloir fouiller dans la littérature scientifique. Je me remets à faire des statistiques. Je ne suis pas médecin, mais les chiffres et les modèles mathématiques, ça, je connais. Ça marche comment une épidémie ? C’est comme une boule de neige. Ça démarre d’abord lentement puis ça grossit de plus en plus, à mesure que la contagion se répand. La courbe ressemble fichtrement à une exponentielle.

Tic-Tac de février : des relents de xénophobie se font jour un peu partout sur la planète. Le «virus chinois», le «péril jaune» ou le boycott des restaurants asiatiques sont des signes qui ne trompent pas. La peur irrationnelle s’installe face à un ennemi invisible que l’on ne connait pas

Moi : mais c’est débile !

Tic-Tac, 13 février : les hôpitaux en Chine sont débordés. Le protocole de diagnostic évolue pour détecter plus tôt les malades. Les foyers de contamination se multiplient dans le monde, encore bien éloignés de l’Europe. En Corée du Sud, la guerre est ouverte. Alors que le début de la crise avait été très bien maitrisé, les contacts inconscients entre les adeptes de la secte Shincheonji font exploser l’épidémie. Le pays devient le second plus gros foyer épidémique.

Moi : chercher des chiffres, comprendre. Les données sont hallucinantes, même prises avec toutes les précautions d’usage car nous n’avons pas le recul nécessaire. On parle toujours de grippe au grand public mais le taux de contagion semble 3 à 4 fois plus élevé, et le taux de létalité, autour de 2 à 4%, est 10 fois supérieur. Politiquement et économiquement, c’est une gigantesque bombe à retardement.

Tic-Tac, 21 février : la Lombardie détecte 16 cas, 60 le 22, presque 900 le 28. Certains médias osent dire que l’épidémie se repend là-bas parce que le système de santé est moins bon qu’en France.

Moi : Folie ! Ce Nord de l’Italie, je le connais bien, c’est un territoire riche, bien organisé. Non, il se passe vraiment quelque chose de grave, de très grave. Commencer à alerter. Maintenant.

Tic-Tac, 25 février : la date de la première victime française du Coronavirus. J’apprends l’insupportable vocabulaire franglish branché. On ne parle plus de foyer de contamination mais de cluster. Haute-Savoie et Oise ont le triste privilège d’ouvrir cette nouvelle liste. Le carnaval de Venise est stoppé net, le nombre de contaminés et de décès atteint des sommets. En Corée, dans le pays le plus connecté au Monde, toutes les technologies sont mises en œuvre pour détecter et tracer les porteurs du virus. Oui mais, tout cela est… ailleurs.

Moi : J’hallucine. « COVID19 = grippe » reste toujours dans l’inconscient collectif. Ressortir les anciennes affiches des gestes barrières, vite ! Comment faire prendre conscience du danger ? Stade 1 ou stade 2 de l’épidémie, mais qui écoute ? Des infos qualifiées parlent déjà d’une contamination possible de 40 à 60% de la population mondiale. Mais qui en parle ? Incrédulité générale.

Tic-Tac, 6 mars : On franchit dans la journée les 500 cas détectés en France. Nous sommes sur les mêmes courbes que les principaux pays : +33% par jour, soit un doublement toutes les 72 heures.

Moi : je suis triste. Je comprends ce que vivent les italiens. L’engorgement des systèmes de soins. Une médecine de guerre se met en place, comme une violence absolue à nos valeurs : décider qui peut vivre ou non.

Tic-Tac, 12 mars : le cap symbolique des 3000 cas français est franchi. L’Italie est déjà sous cocon depuis 3 jours lorsqu’est annoncée la fermeture programmée de nos écoles pour le lundi suivant. Toutes les publications scientifiques montrent que le seul moyen d’enrayer l’emballement mondial, c’est celui de la distanciation sociale. Dit autrement : le C.O.N.F.I.N.E.M.E.N.T

Moi : Ouf ! Le premier pas est fait. Mais pourquoi a-t-on maintenu les élections ? En situation d’ultra crise, il ne peut pas y avoir de demi-mesure. Entre le blanc et le noir, le gris ne peut pas exister. Il faut faire simple.

Tic-Tac 14 mars : 5000 cas. La décision tombe enfin, brutale. Tous les lieux publics sont fermés. Tous ? Non ! Car les bureaux de vote, tel le village d’Astérix, résistent.

Moi : Je hurle ! Aberration entre le cartésien scientifique et le sociétal politique. Comment faire accepter le danger si ce qui est interdit ici, est autorisé là. Il fait beau. La vie explose dans les rues et jardins. Encore un jour de perdu. Terrible échec sociologique. Sur mon compte twitter, je prédis le confinement pour le mercredi suivant.

Tic-Tac, 16 mars : 7000 cas, 150 morts en France, 28000 en Italie, près de 200000 dans le monde. Un carnage.  Le confinement « doux » est enfin annoncé pour le mardi 17.

Moi : impression bizarre. Je suis triste et heureux à la fois. Je suis prêt dans ma tête. Je sais quoi faire.

Tic, 17 mars midi : la France se barricade. L’économie s’arrête. Petit à petit, toutes les frontières se ferment sur la planète Terre. Les pays se recroquevillent. La pandémie, massive, est sur nous.

Tac…

 

André Montaud


dimanche 13 janvier 2019


J’AI MAL AUX PIEDS

-          « Mais tu es fou à lier », me rappelle à l’ordre le redac’chef

Bon, j’ai personnellement fait le même constat que lui depuis longtemps mais, UN, cela ne m’a pas empêché de vivre jusqu’à aujourd’hui, et DEUX, je ne vois pas pourquoi, il me dit cela maintenant. Ok, j’ai les yeux rougis par le décalage horaire, les cheveux en bataille, les vêtements froissés d’avoir eu les genoux sur le menton dans un siège éco d’un long vol intercontinental, mais cela ne justifie en rien ses propos.

Et lui de reprendre : « tu m’avais parlé d’une super chronique sur le CES, la Mecque de l’innovation électronique à Las Vegas, et tu commences par un titre sur tes problèmes de pédicure ».

Dans ce cas, la meilleure tactique c’est le profil bas et de dire « ok, tu as raison, tu n’as qu’à mettre -compte rendu d’activité sur le CES 2019 à Las Vegas-. C’est un peu long, c’est factuel et au moins, on saura pourquoi personne ne va lire ce papier ».

Car qu’est-ce que je peux y faire moi, si le CES est gigantesque. Un salon qui occupe tout un centre-ville, hôtels compris ; dont les halls d’expos sont tellement grands que tu te retrouves totalement dépité, en fin de journée, en te rendant compte qu’après en avoir arpenté un, il y a le même à l’étage du dessus et pleins d’autres ailleurs. Un salon où tu parcours à l’aise tes 20 km par jour parce que tu risques de trouver la pépite que tu attendais dans le lieu le plus improbable, loin des plans sagement ordonnés par thématique de l’organisateur.

Comment il peut comprendre ça, mon redac’chef ? Le CES, c’est autant un job de bagnat que l’éclate totale ! Car de l’innovation, il y en a partout. Des expériences de vie à bord des voitures autonomes, des écrans grands et petits, enroulables ou pliables, des maisons qui savent ce que je veux sans me le demander, des robots qui m’accompagnent dans ma vie de tous les jours, des lunettes pour voir en virtuel et en direct l’autre bout de la planète, des pays qui se bagarrent pour avoir le plus grand nombre de startups et des grands groupes qui montrent à la face du monde qu’ils sont les champions de l’open innovation en accélérant à tout va les dites startup.

C’est cela le CES, et beaucoup plus encore, car il ne faut pas l’oublier, le « S » du CES veut bien dire Show. Un show à l’américaine où Las Vegas, cette ville perdue au milieu de nulle part, est propice à nous envelopper dans une gigantesque bulle de rêve.

Rêve de tous ces milliers de jeunes entrepreneurs qui détiennent l’idée du siècle (forcément !) et qui se voient déjà en nouveau Bill Gates ou Jeff Bezos à force de répondre à longueur de journée aux questions des télés du monde entier. The show must go on !
Rêve d’un monde où le bonheur de l’Humanité passe par une technologie forcément triomphante, gavée à l’intelligence artificielle, au blockchain, à l’IoT, aux OLED et autres jargons tout aussi abscons.

Rêve dérisoire à l’image de tous ces objets indispensables dont on ne savait même pas que l’on pouvait en avoir besoin 5 minutes plus tôt. La sortie de route guette dans ce monde de l’inutile utile, à moins que ce ne soit l’inverse. Alors oui, il y a de l’absolument formidable ici, mais a-t-on besoin d’une roue pilotée pour faire maigrir son chat, d’un ours en peluche connectant votre bébé aux réseaux sociaux ou de la machine à laver les chaussures ?
Au-delà du discours sur les « WOW ! Amazing ! », on oublie ici très facilement la réalité du vrai monde.

A l’intérieur du CES, on nous vante les bienfaits pour la fin d’année, c’est sûr, d’une Terre gavée de réseaux 5G qui veulent tous nous relier à grande vitesse sur la planète entière alors qu’il suffit de franchir la porte pour se rendre compte que la 3G peine encore dans les rues voisines.

A l’intérieur, on montre des technologies toutes plus merveilleuses les unes que les autres mais tellement dévoreuses de la fée électrique. Les « promis-juré » de réduction énergétique drastique s’effondrent à la lecture des spécifications techniques. Au CES, on parle de télé 4K ou 8K mais pas des questions de recyclabilité ou d’empreinte carbone. Le réchauffement climatique ne doit pas franchir les entrées de halls bien climatisés.

A l’intérieur, on nous parle d’hyper-connectivité, de déluges de data pour le bien-être de l’Humanité. Dans d’immenses espaces dédiés, Google, Amazon, et bien d’autres, nous vantent les mérites d’outils pour tout piloter du sol au plafond, du réfrigérateur à la voiture, du pépé au bébé. Mais trouver des conférences sur la protection des données privées relève ici du miracle, genre mission impossible puissance 10.

Alors oui, ce CES est extasiant à plus d’un titre et laisse, en même temps, un profond sentiment de malaise comme si ce temple de l’innovation se décalait tous les ans un peu plus de la Société réelle. Le « C » de CES, veut dire consommateur, et il serait peut-être temps de s’en souvenir. Loin d’être un gogo, le « C » est un être sensible et sensé qui pourrait envoyer aux oubliettes tous ces acteurs de l’industrie numérique qui ont voulu croire que son profilage pouvait s’acheter contre quelques menus services ou que sa compréhension des enjeux climatiques était insignifiante et sans intérêt.

Le CES, antre de l’innovation, vit son 21ème siècle comme le vingtième. Et si j’ai un conseil à lui donner, c’est de rapidement changer d’univers au risque de ne pas s’en relever. Franchement ce serait dommage.

Bon, en attendant, j’ai toujours mal aux pieds après ce double marathon parcouru dans le Nevada et je n’ai pas encore commencé ma chronique.

mardi 1 novembre 2016

Ne croyez pas ce que vous êtes en train de lire !



Lui : Arrgh ! Mais t’as pas honte ? Tu ne vas pas te remettre à nous remuer les neurones, chroniqueur pervers patenté. Déjà Magritte nous avez fait le coup avec son célèbre tableau de la pipe « ceci n’est pas une pipe ». Mais toi, t’es ni peintre, ni surréaliste, ni belge. Ton truc, c’est l’innovation, tu te rappelles ? C’est même écrit en haut de la page. Alors ton titre « ne croyez pas ce que vous lisez » que je suis en train de lire veux bien dire que je dois, en fait, croire ce qui suit. Tu vois, tu m’as tellement déformé que j’anticipe tes ruses !

Moi totalement déconfit : heu oui, mais non, mais oui. Je n’ai jamais voulu t’induire en erreur, lecteur fidèle parmi les fidèles. Je voulais juste te mettre au courant de mes dernières pérégrinations. Il m’arrive même parfois d’écrire au premier degré, sans arrière pensée cachée (enfin, c’est rare, je te l’avoue). Mais là, c’est vrai, je voulais seulement te mettre en garde. C’est mon coté gentil qui ressort.

Car je reviens de la messe à Paris. Enfin je devrais même plutôt dire de la « grand messe », celle de 11 heures avec le décorum et la solennité qui vont avec. A Notre Dame ? A la Sainte Chapelle ? A Montmartre ? Mais non, tu n’y es pas du tout ! A la Porte de Versailles, au pays de l’adoration des rutilantes carrosseries et des vrombissantes bielles pistonnées, dans le dernier bastion de la culture testosteronnée et du rinçage d’œil devant de sculpturales silhouettes. Ici on écoute plus l’harmonie des chevaux qu’on ne regarde le dégradé des micro-particules et des oxydes d’azote.
Enfin, c’est ce que je croyais !

Car, en l’an 16 du troisième millénaire, les preux chevaliers et leurs carrosses à 4 roues ne parlent plus que d’électrons, de batteries révolutionnaires, de véhicules plus verts que les plus vertes prairies d’une Normandie après un printemps arrosé, de zéro émission et de bien plus encore. Si Coluche avait été là, sûr qu’il nous aurait sorti un sketch à la mode du plus blanc que blanc.

En passant de stand en stand, on bat des records d’autonomie, 400 km ici, 500 là voire 700 ou 800 ailleurs. A croire que, ça y est, l’homme bascule définitivement dans le monde de l’« eco-friendly ». Le pétrole has been, avouant ses fautes sur l’autel de l’air pur, fait place au Lithium-ion forcément moderne. Bon, moi je veux bien, mais mon petit cerveau d’ingénieur me rappelle à l’ordre : « déconne pas coco (c’est le petit nom qu’il me donne), tu sais bien que la physique ne fonctionne pas tout à fait comme ça. Alors dit leur, toi ». Je crois que le patron de PSA avait aussi envie de faire de même, au travers d’allusions policées, mais on était au Mondial de l’automobile. Alors ça ne se fait pas, hein ? Mais moi, vulgaire petit chroniqueur au demeurant particulièrement jésuite sur les bords, je peux parler, non ?

Commençons donc par le commencement, à savoir les ordres de grandeur. Une voiture avec une autonomie de 4500 km, ça fait rêver et pourtant vous pouvez le faire dès demain sur votre voiture et quasiment sans surcoût. Pourquoi ? Parce que la moindre voiture électrique transporte 250 kg de batteries. Transformé en carburant, cela fait dans les 280 litres de gas-oil, soit, retraduit en autonomie, les fabuleux kilométrages annoncés. Car là est tout le problème du véhicule électrique : la densité énergétique, c'est-à-dire la quantité d’énergie par unité de poids. On l’exprime en Watt heure par kg (encore un machin pour frimer dans les dîners en ville). Ce que l’on doit retenir c’est
qu’elle vaut 10000 pour un kg d’essence et 200 pour une excellente batterie. Oui, oui, tu as bien lu ! 50 fois moins d’énergie dans l’électrique car la physique est têtue et refuse de substituer les mécanismes de combustion à ceux de l’électrochimie. Circulez, ya rien à voir.
Bon là, je sens déjà ton âme d’écologique en train de se pendre. « Dit chroniqueur, on peut pas tasser un peu plus les électrons ? Ils ne sont pas bien gros, tu sais ! ». C’est vrai que les batteries font d’énormes progrès mais il y a des limites ! Trop d’énergie, c’est comme trop d’alcool, on chope une cirrhose de batterie voire même on prend feu. Des smartphonistes célèbres en font l’amère expérience aujourd'hui . Ca court-circuite vite fait ces petites bêtes.

Et puis, parler de zéro émission polluante, c’est une pure vision de citadin. Il faut bien la produire quelque part cette électricité. Grosso Modo, si on passait le parc automobile français en électrique il faudrait utiliser environ une dizaine de centrales nucléaires EPR toutes les nuits ou, dit autrement en énergie propre, mobiliser tout le parc éolien allemand ou hydraulique français . On les viderait vite fait nos barrages. Autant dire que, dans la vraie vie, le véhicule électrique va générer du gaz à effet de serre avec les centrales à gaz ou à charbon … mais ailleurs ! Certaines études montrent même une augmentation du CO2. Un comble. Mais n’ayons pas une vision trop machiavélique. Les lobbyistes des deux bords agissent !

Car tout n’est pas si noir, loin de là. La Giga Factory de Tesla devrait faire plonger au moins d’un facteur 10 le coût des batteries. Le véhicule électrique récupère facilement l’énergie de freinage, il accélère mieux qu’une Porsche ou une Ferrari mais nécessite une conduite pépère gage de sobriété et de sécurité. Il réduit drastiquement les coûts d’entretien : un bonheur pour l’automobiliste mais une catastrophe pour les garagistes devenus électrotechniciens. Bref, l’électrique a un vrai avenir mais dans des conditions particulières et ne doit pas nous faire croire que nous sommes devenus d’un coup, d’un seul, des amis de la terre.

Tu vois bien ami lecteur, je ne te voulais aucun mal. Je te l’ai bien dit dès le début : « ne crois pas aveuglement tout ce que tu lis ». Entre le monde de l’annonce médiatique et celui de l’austère culture technique, il ya un fossé qui s’appelle la réalité physique. Un vrai bonheur car entre le blanc et le noir, il y a toute une nuance de verts, et ça, c’est bon pour les peintres, les poètes et … les innovateurs.

André Montaud
am@thesame-innovation.com

samedi 1 octobre 2016

Un vrai truc de OUF !


Un truc de OUF ! Il y a très exactement 5 ans, des membres du GMHM réussissaient l’impossible : la première traversée de la Cordillière de Darwin. Une chaine de montagne totalement inconnue, pas franchement très élevée, mais dont la localisation au sud du sud de l’Amérique du Sud, noyée dans les conditions météorologiques extrêmes du Pacifique quasi antarctique, transformait ce qui aurait été ailleurs une randonnée alpine engagée, en exploit hors norme. Sans véritable carte, avec quelques photos satellite et une énergie à toute épreuve, cette équipe a su marier, à la perfection, la technique et la solidarité du groupe. Audace et Confiance. Deux mots qui rebondissent l’un sur l’autre pour créer le succès.

En mettant la 21ème édition de Progiciels sous le signe de l’entreprise audacieuse, c’est cette énergie et cette confiance absolue dans l’intelligence collective que nous avons voulu retranscrire et vous transmettre. Car, il faut bien l’avouer, entreprendre est un vrai truc de OUF, certes très gratifiant, mais où l’investissement matériel est toujours transcendé par l’investissement humain.

Bien avant la tendance lourde et mondiale de l’entreprise du futur qui, sous prétexte de numérique, redécouvre l’industrie ET l’homme au cœur, nous avons toujours rapproché à PROGICIELS les technologies et l’appropriation de ces dernières par les équipes. A quoi bon un lourd investissement informatique ou logiciel (dire « digital » pour faire branché) si ce dernier n’est pas, ou mal, utilisé ? Mais au-delà de ce constat, nous avons voulu montrer que dans toute ENTREPRISE AUDACIEUSE, le seul investissement qui se bonifie avec le temps, ce sont les hommes et les femmes qui la font vivre. En bref, le management du futur, c’est un management basé sur la confiance, l’intelligence et le bien-être au travail.

Une histoire de doux rêveurs ? 

Pas si sûr ! C’est ce que nous vous montrerons au travers de 5 conférences plénières qui rythmeront la journée sur l’audace, l’envie, la confiance, le numérique comme catalyseur des équipes ou la magie de transformer l’ordinaire en extraordinaire. Ce PROGICIELS sera décoiffant car on devrait y voir autant de dirigeants, de responsables de production, de commerciaux, de juristes, d’informaticiens que de Responsables RH.

 Bref la vraie vie de l’entreprise autour d’un enjeu unique : gagner, mais gagner ensemble.

Convaincu ?

Alors il est temps de vous inscrire sur www.expo-progiciels.com pour le 5 octobre. Cela vous permettra de découvrir les 20 ateliers pratiques sur l’industrie 4.0 et tous les nouveaux outils logiciels. A moins que vous ne préfériez rencontrer des robots dont certains sont très bavards et vous feront la conversation. Adepte de l’environnement ? Passez 2 heures à réfléchir sur le cycle de vie des produits dans l’Université du PLM. Mais comme il est important de ne pas trop se prendre au sérieux, vous retrouverez aussi le fameux jeu « qui veux gagner des millions » (de chocolat), vous visualiserez en direct les consommations de boissons grâce aux objets connectés , à moins que vous ne préfériez perdre quelques calories sur le bureau tapis roulant !

La journée du 5 octobre ? Un vrai truc de OUF, je vous dis !

André MONTAUD

PROGICIELS le 5 octobre de 8h à 20H.
Entrée libre SUR INSCRIPTION à l’Espace Rencontre d’Annecy le Vieux
L’ENTREPRISE AUDACIEUSE : des équipes prêtes à saisir de nouvelles opportunités.

lundi 22 août 2016

LES MONDES PARALLELES - IN VINO VERITAS


Le plaisir est toujours au bout du bouchon !



Houla, houla, danger ! Ligue contre l’alcoolisme, sécurité routière, addiction et j’en passe.

 Pourtant, amis lecteurs estivaux, ne vous méprenez pas ! Lorsque que je vous parle de vin, ce doux breuvage amoureux de nos papilles (à moins que ce ne soit l’inverse), je ne vous demande pas d’expérimenter son effet gyroscopique, que certains d’entre nous pourraient « malencontreusement » découvrir lors d’un barbecue saucisse-merguez. Non, je veux juste vous rappeler combien sa consommation modérée à une capacité à générer un plaisir à nul autre pareil. Pourtant rien ne prédestinait cette invention millénaire à devenir un produit d’exception à force de travail, d’expérimentation, et de savants mélanges. Quelle autre boisson pourrait générer autant de sentiments, de sensations, d’imaginaires, et en plus 100% renouvelable à chaque ouverture de bouteille ?

Si je vous parle avec émotion de ces sublimes expériences, au risque de voir arriver une amende pour apologie du treize degrés cinq, rouge ou rosé, c’est qu’il existe une étonnante ressemblance entre le monde de la vigne et celui de l’Innovation !

Ok j’attends déjà la réflexion : « Et Marcel, lit ça : les chercheurs sont des alcooliques anonymes, c’est normal qu’ils nous fassent des télécommandes télé incompréhensibles. Ils sont bourrés ! »

Et pourtant ! Dans le vin, il y a les producteurs de raisins, qui, dans les labos sont les innovateurs manipulant les concepts nouveaux. Il y a les grands et les petits crus : innovation de rupture ou innovation incrémentale. Il y a les immenses vignobles industriels du Nouveau Monde et les microscopiques productions des crus artisans : complémentarité d’approche des grosses équipes de R&D du grand groupe et de l’inventeur solitaire en PME.

Alors, convaincu par ma proposition de voyage d’été dans des mondes parallèles pas si lointains où le divin vin côtoie le génie génial ? Oui ? C’est parti !

- Le vigneron Stakhanoviste , dur à l’ouvrage, va demander à la vigne, qualité et quantité ; c’est bien évidement, l’innovateur aux milliers d’idées, brevetant à tout va et empêchant ainsi la concurrence de s’infiltrer.

- Le Spartiate , dont les moyens sont limités, accompagnera en toute simplicité la croissance du raisin. C’est bien souvent le lot commun de bon nombre de services d’innovation, qui savent jongler avec de maigres subsides pour sortir des produits étonnement décoiffants.

- L’Epicurien, quant à lui, est un amoureux invétéré du plaisir, maniant les grappes avec précaution dans leur croissance, les cajolant lors des tourments météo, et imaginant déjà dans le grain à maturité l’explosion des sens apportée par la future dive bouteille.

C’est aussi le cas de l’innovateur épicurien qui fournit le véritable avantage concurrentiel à son entreprise et… l’histoire qui va avec. D’abord, il aime l’innovation pour ce quelle est, en gardant ainsi intact sa capacité d’émerveillement que d’autres malheureusement étouffent avec le poids des ans, de la paperasse ou des contraintes économiques.

Ensuite, il sait faire partager ce plaisir à ceux qui l’entourent, collègues ou clients, car il en parle avec passion, chaleur et conviction. L’épicurien innovateur sait que, derrière un produit qui semble banal de l’extérieur, se cache une pépite d’intelligence assemblée par un maître chai d’exception, fruit du labeur de collaborateurs silencieux. Il sait faire découvrir, il sait faire aimer, il sait faire désirer, car le plaisir, est aussi présent dans l’attente. L’innovateur épicurien sait dépasser le strict plan de l’Economie en lui insufflant la part de rêve dont nous avons tant besoin.

Aussi, que vous soyez rôti sur la plage, essoufflé en montagne ou déprimé au boulot, je vous propose de profiter du mois d’Aout pour vous injecter une dose de plaisir épicurien. C’est le meilleur vaccin contre la morosité, c’est un tonifiant pour votre travail, c’est un vasodilatateur d’optimisme. Tout ce qu’il faut pour s’offrir une belle rentrée gagnante, et regarder d’un autre œil ceux qui préparent avec passion notre futur.

dimanche 1 mai 2016

STAY IN THE BOX


« P… de M… »

Bon je sais, on ne doit pas jurer à l’écrit, et encore moins dans une chronique innovation particulièrement sérieuse. Alors, vous pouvez remplacer par « Oh B… » toute aussi peu châtié, par les plus savants « orchidoclaste » ou « coprolithe », ou encore par le plus subtil Whoopsidaisies (littéralement « Houps-là la pâquerette ») pour les adeptes inconditionnels de Hugh Grant et Julia Roberts dans Coup de Foudre à Notting Hill .

Mais le résultat est le même. Que l’on soit PDG ou routard, dans tout aéroport à l’autre bout de la planète, il est difficile de ne pas lâcher un juron onomatopéiste bien senti, à la vue d’une correspondance ratée, qui, par un effet domino, va bousiller une bonne partie de la suite du voyage.

C’est ce qui est arrivé au passager du vol SOI2, Tokyo-San Francisco, qui a dû attendre la suite de son voyage après une escale technique à Hawaii : un peu, beaucoup, passionnément.

Remarquez, il y a plus moche comme arrêt forcé. Entre les plages paradisiaques du Pacifique et le crachin granitique des Kerguelen, ya pas photo. Mais de là à devoir attendre 300 jours, il y a de quoi mettre sur liste noire cette compagnie aérienne.

Cela tombe bien, car elle ne prend pas de passager, seulement des pilotes. Enfin, pas plus de un à la fois. Car derrière l’indicatif SOI2 se cache un des plus grand concentré d’innovations suisses, et qui, ne vous en déplaise, n’est pas le nom secret du futur Nespresso® mais celui de Solar Impulse 2.

Cet avion est une fabuleuse Formule 1 des airs dont les technologies sont poussées aux limites pour réussir un tour du monde à la seule force du dardant Phébus. Enfin, lorsqu'on parle de roi de la course, on oublie bien vite la vitesse qui ne dépasse pas les 35 km/h au décollage et les 70 en vol. Pas de quoi se faire flasher par un radar de la maréchaussée. On oublie aussi la puissance qui s’apparente à celle de l’avion de Blériot qui traversa la Manche en 1909.

Mais le reste, c’est tout simplement du wouaouh en barre, genre méga Toblerone®, résultat de 20 ans de jus de matière grise.



Avec une envergure de Boeing 747 et un poids plume de voiture de M. et Mme Michu, il a fallu ruser un peu partout. La cabine de pilotage bien que bourrée de capteurs est spartiate pour le pilote. Oubliée la pressurisation, vive le masque à oxygène. On est loin de la classe affaire. L’aile, tapissée de 12000 cellules photovoltaïques ultra fines, est un chef d’œuvre de fibres de carbone structurées en nid d’abeille pour assurer une certaine rigidité à l’ensemble. Mais la dame reste fragile, n’aimant pas trop les coups de vent. Les 4 moteurs électriques ont un appétit d’oiseau car le seul mot d’ordre est : ECONOMISER L’ENERGIE. Et pour économiser, il faut être hyper aérodynamique, un truc à faire pâlir de jalousie les Porsche et autre Ferrari. Avec une finesse de 36, Solar Impulse s’apparente à un excellent planeur de compétition. Dans un langage moins ésotérique, il peut parcourir 36 km en perdant seulement 1km d’altitude.

Et ça, c’est malin !

En début de journée, l’avion vole pépère à 2000 mètres d’altitude, puis, lorsque le soleil tape dur, il recharge ses 400 kg de batteries tout en montant à 8000 mètres.

Lorsque la nuit arrive, et ben mon bon monsieur, ya plus de soleil !

Alors, avant de trop tirer sur les réserves, l’avion glisse doucement pour retrouver son altitude nominale de croisière. Les profils de vol sont si parfaitement artistiques qu’ils feraient frémir de plaisir plus d’un commandant de bord.

Un dernier point pour chasser les rodomontades des grognons de service sur les rêveries d’utopistes verdoyants. Non, Solar Impulse n’est pas un prototype de l’aviation qui serait demain convertie au grec Hélios.

Il suffit pour s’en convaincre de regarder les ordres de grandeur, vous savez, ces machins physiques qui bousillent les rêves mais évitent de dire de grosses bêtises médiatiques. Avec 200m2 de cellules solaires et le rendement de toute la chaîne de transmission, Solar Impulse dispose de plus ou moins 6kW (une Citroen 2CV de 1949 !). Un Airbus A380 au décollage a besoin, lui, de… 150 000 kW. Oui, vous avez bien lu : 25 000 fois plus. Et même si les cellules étaient parfaites on frôlerait poussivement les 50kW.

- « Mais les ailes d’un Airbus sont plus grandes » me dis-tu, lecteur pas convaincu.
- Ok, disons dans les 1000 m2, allez, on arrive à 250 kW tout mouillé. Voila pourquoi il sera franchement difficile de faire voler un vrai avion à l’énergie solaire. T’as compris lecteur soudain dépité mais qui va pouvoir briller par son savoir au prochain dîner ?

Là, j’ai l’impression soudaine que j’ai un peu cassé l’ambiance. Erreur de l’ingénieur cartésien qui sommeille en moi.

Que diantre ! Ressaisissons-nous :

Solar Impulse est LA machine à inventer les records de tour du monde LENT.

5 jours en vol continu sur la première étape de la traversée du Pacifique : un exploit humain, sportif et technique. Des projets comme cela, sont aussi fous qu’un programme Apollo et tout aussi révélateurs de la capacité de l’Homme à dépasser ses limites, lorsque l’envie lui prend. Les fondateurs Bertrand Piccard (pas celui des surgelés) et André Borschberg ont consacré deux décennies de leur vie à bousculer les montagnes de l’impossible, à challenger les chercheurs de l’EPFL, à secouer les sponsors. Et cela a fini par marcher avec le génialissime slogan de promotion « FUTURE IS CLEAN », prouvant, une fois de plus, que la meilleure innovation ne réussit que si l’on arrive à raconter l’histoire qui va avec.

Et si je vous écris tout cela, c’est que j’ai regardé en direct sur Internet à 3h du matin (oui je sais, mais quand on aime on ne compte pas), l’arrivée de SOI2 sur la splendide baie de San Francisco avec le Golden Bridge en fond. Webcam face au pilote, toutes les données du cockpit disponibles sur mon PC à 12000 km : un concentré de techno je vous dis !

Le dialogue est réjouissant :
- Jeune contrôleuse de vol installée à Monte Carlo : gardez la trajectoire, montez la vitesse à 65 km/h
- Bertrand Piccard, totalement volubile et fasciné par le spectacle, dévie légèrement
- Elle : Hey patron ! Stay in the box (sous entendu, reste dans l’enveloppe de vol autorisée)
- Lui s’adressant à André Borschberg venu le filmer en hélico : André, tu entends ça, c’est bien la première fois que je vais devoir rester dans la boite. En général on sort plutôt du cadre tous les deux, non ? (allusion au « think out of the box », le « savoir sortir du cadre» de l’innovateur)

Car il faut bien le reconnaître, Solar Impulse, est l’innovation de rupture par excellence, fruit d’une vision et d’une passion débordante.

Inspirant pour les innovateurs ! Enthousiasmant pour tous ! Et plein d’énergie optimiste à revendre !

André Montaud (un plus modeste anti-« stay in the box »)

vendredi 1 avril 2016

AUTONOMAN'CY 2016 : La Google Car en compétition à Annecy

Les voitures autonomes, dites sans chauffeur, font beaucoup parler dans les médias. Mais derrière le buzz, quelle est réalité pour ce secteur qui se développe dans le secret des bureaux d’études ? Nous devrions en savoir plus lors de la première compétition internationale « AutonomAn’cy » qui ce déroule à partir de ce Vendredi 1er sur les bords du lac d’Annecy.

A l’origine de cette initiative, le célèbre professeur américain Paul Fisherman qui a réussi à convaincre les plus grandes équipementiers automobiles mondiaux : « Lors du salon mondial du CES 2016 qui se tenait à Las Vegas, début janvier, j’ai été étonné par la diversité des solutions adoptées. Certes on parle beaucoup de la Google Car, mais Ford, Valeo, PSA , Volkswagen et bien d’autres ont lancé des tests en vrai grandeur. C’était une opportunité unique de proposer un challenge international. Mon idée n’est pas de classer des technologies qui ne sont pas encore matures mais plutôt de dédiaboliser l’impact qu’aura la voiture sans chauffeur sur notre vie quotidienne. Et pour cela, rien de mieux qu’une course amicale. »



Ce que ne dit pas le trop modeste professeur, c’est la difficulté de convaincre les autorités nationales et locales d’accueillir une telle manifestation, alors que les règlementations et les lois sont inexistantes. Après des refus multiples dans différents pays, la France qui avait déjà autorisé un test en région bordelaise, lors du congrès ITS 2015, a donné son accord. « Nous avons eu un accueil enthousiaste des français avec différentes propositions de lieux », bredouille en français le sympathique Fisherman avec un accent marqué et diphtongué, proche d’une bouillabaisse mal cuite. « Après analyse, le choix d’Annecy nous a semblé être celui qui offrait le plus d’opportunités. Et l’environnement idyllique était conforme à notre souhait de montrer des véhicules propres puisque nous avons privilégié les motorisations électriques ou hybrides ».

Pour rappel, les « driver-less cars » comme les appellent les anglo-saxons sont encore au stade de prototypes même si plusieurs technologies sont déjà commercialisées ou en voie de l’être. Ainsi les radars de recul, les régulateurs de vitesse auto adaptatifs ou les avertisseurs de franchissement de ligne font partie de la panoplie des options que proposent les concessionnaires des marques premium. Mais l’essentiel de l’intelligence du véhicule autonome réside dans le système de « vision » appelé LIDAR. Tout comme le sonar bien connu des pécheurs qui utilise les sons pour repérer des bancs de poissons, le Lidar va utiliser la lumière d’un laser pour connaitre la distance et la vitesse de déplacement des véhicules ou des piétons. C’est un objet assez disgracieux ressemblant à un poulpe que l’on est obligé d’installer sur le toit des voitures. Comme le souligne le professeur Fisherman, « reconstruire la réalité est une opération excessivement complexe qui nécessite la fusion de milliers de données : un défi permanent pour les informaticiens qui visent le zéro accident. Il faut simplifier à l’extrême les dispositifs pour être robuste et réactif. Dans mon laboratoire de Portland je travaille par exemple sur des optiques qui permettent de voir à 180 degrés (les - fish eyes - des photographes professionnels. ndlr) ».

Toutes peintes en bleu marine pour être facilement reconnaissables, les 25 voitures sélectionnées (dont 3 françaises) partiront le Vendredi 1er du centre de Lyon, quai de la pêcherie, à 8h précise pour rejoindre Annecy par un parcours de liaison des 3 lacs le long des autoroutes A41 et A43. De 12h à 14h, une épreuve d’évitement d’obstacles, ouverte au public, est programmée sur le Parking de l’Impérial Palace. A noter, en particulier, le spectaculaire freinage d’urgence lié à un véhicule simulant une queue de poisson et qui pourrait générer quelques tôles froissées. A 14h commencera un contre-la-montre autour du lac en autonomie totale (rendez-vous sur l’avenue du port à Annecy-Le-Vieux pour le départ). A 17h, Paul Fisherman a imaginé un moment qu’il qualifie lui-même de redoutable. Chacun des véhicules devra tenter une mise à l’eau d’une barque depuis le plan incliné de la société des régates à rames d’Annecy au quai de la Tournette. Enfin, à partir de 20 heures, l’épreuve de la montée du Semnoz devrait pousser à l’extrême les batteries et le logiciel. « Il est possible que certains véhicules perdent le signal GPS dans des zones d’ombre. Toutefois, pour éviter tout accident grave, nous avons installé des filets de protection dans les lieux les plus exposés. Ces filets, identiques à ceux utilisés par les fédérations de ski, ont fait la preuve de leur efficacité dans les compétitions de descente et ont sauvé la vie à plus d’un athlète. Si j’ai un conseil à donner aux spectateurs », suggère Paul Fisherman, « c’est de s’installer dans les virages en épingle à cheveux ou sur le parking de la station de ski du Semnoz que nous aurons enneigé : certaines voitures risquent de perdre leur orientation entraînant des situations comiques ! »

A l’issue de ces épreuves, un classement officiel sera établi avec une qualification directe des 3 premiers. Toutefois des manches de repêchages sont programmées le Samedi et le Dimanche pour remonter des profondeurs 2 autres concurrents.

Alors la Google Car sortira-t-elle vainqueur des nageoires ingénues de Paul Fisherman ?

André Montaud
am@thesame-innovation.com

jeudi 10 mars 2016

Une fourmi de 18 mètres ...




Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards
Ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Une fourmi parlant français,
Parlant latin et javanais
Ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Eh ! Pourquoi pas ?

- Oh, Oh, cher chroniqueur, te voilà bien guilleret en citant ainsi les comptines apprises d’un bien ancien Robert Desnos, à une époque où l’encre violette et la plume sergent major faisaient office de tablette et autre écran smartphonique. Mais là, tu vois, tu es au 21ème siècle, et tu me dois une nouvelle page innovation !

Voilà, c’est toujours pareil, t’essayes d’innover avec ton redac’chef et paf, ma gentille fourmi se fait écrabouiller malgré ses 18 mètres. Et pourtant, j’aurais bien voulu continuer sur le même thème, car je suis gonflé de chez gonflé par la communication exacerbée faite autour du dernier sujet à la mode : l’usine du futur. Pas une semaine sans un évènement sur le sujet (nouvel eldorado pour les organisateurs de congrès). Pas une journée sans un docte article.

Une usine du futur qui se la pète
Avec un nuage sur la tête
Ça n’existe pas, ça n’existe pas !
Une usine du futur qui compte un, deux, trois, quatre
En se pavanant tel un splendide bellâtre
Ca n’existe pas, ca n’existe pas !

- Holà, holà, tu deviens soudain bien acariâtre. Faut pas te mettre dans un état pareil. Cette chronique doit être rigolote. Alors, raconte-nous ce qui te fait si mal.

C’est ce que j’aime bien avec mon rédac’chef :

D’abord les gros yeux tout ronds,
Pour te mettre sous tension.
Puis le petit mot réconfortant, 
Pour ne plus être sur les dents.

(T’as vu ami lecteur, je sais rimer comme du Robert Desnos, mais chut, c’est un secret !)

Bon oui, je suis ulcéré par ces soudains spécialistes qui nous expliquent par A+B ce que sera l’usine de demain sans y avoir jamais mis les pieds. Remarquez, cela a parfois du bon, car on n’a jamais autant parlé de l’industrie de manière aussi positive. Certains redécouvrent enfin qu’un pays sans manufactures modernes, c’est comme un canasson sans avoine : ça ne va pas très loin ! 

Mais bon, les ingénieurs, sont des ingénieurs et quand on leur raconte des choses imprécises voire des bobards : ils zaiment pas ! Donc non, l’usine du futur, ce n’est pas que l’intrusion massive du numérique dans le cambouis. Du numérique, il y en a déjà beaucoup dans les ateliers et du cambouis quasiment plus. Si, si, il suffit de regarder. 

L’industrie du futur, c’est un concept marketing facile mais un programme réel à multiples tiroirs, pas si évident à appréhender. 

Lisez les petits noms qu’on lui donne et vous comprendrez mon malaise. Les américains parlent de seconde révolution, les coréens de troisième, nos cousins germains préfèrent le 4.0, la perfide Albion est plus agressive avec sa catapulte alors que nos bérets-baguettes hésitent entre entreprise et usine… mais toujours du futur. Pas facile de se faire une idée. Bon, on peut toujours se dire que les allemands sont pragmatiques et que, s’ils ont choisi 4 étapes dans la vie industrielle, on doit pouvoir faire de même : la mécanisation vapeur, l’arrivée de l’électricité, l’automatisation et maintenant le cyberespace. C’est un choix, comme un autre. J’en aurais bien rajouté 3 autres, l’invention du feu, la taille du premier silex, voire l’âge du bronze qui ont tout autant révolutionné notre condition d’humain besogneux. France 7- 0 : quasiment un parfait résultat de foot pour le prochain euro. Mais bon, là, je digresse trop !

Alors l’entreprise du futur c’est quoi ? Suivant à qui on s’adresse, la réponse sera très différente. Certains vous la décriront comme très technologique voire quasi uniquement numérique : big data, cloud, système d’information ou simulation se superposent aux fabrications additives (la fameuse impression 3D), à la réalité augmentée ou à l’Internet des Objets. D’autres vous parleront de robotique ou d’automatisme. Les industrieux–philosophes partiront sur des tirades respectueuses de l’environnement, sur la proximité, voire l’intimité client, sur l’hyperpersonnalisation du produit ou du service, sur l’usine flexible et reconfigurable. D’autres enfin, la main sur le cœur, vous diront que c’est l’Homme qu’ils mettent là, sur le cœur (en général, à ce moment du discours, on sort une musique romantique à base de violons sirupeux sur fond de soleil couchant rougeoyant).

Avec un tel catalogue, tout bon chef d’entreprise normalement constitué devrait partir en courant. Oui, mais… l’entreprise du futur n’est peut être pas si futur que cela. Certes, on voit que les nouvelles technologies, qui vont apparaître, font frétiller d’envie les éditeurs de logiciels par le monstrueux relais de croissance qu’elles représentent. Mais l’entreprise du futur n’est-elle pas avant tout du GBS ? Pour tous ceux qui n’osent pas poser la question, le GBS signifie Gros Bon Sens. Ou, dit autrement, mobiliser l’intelligence collective pour fournir le meilleur service, au bon moment et au meilleur prix. Celui qui va attendre sur catalogue la box XYZ pour son usine de demain risque de rester longtemps au bord du chemin. Des usines du futur, j’en vois tous les jours, y compris dans les lointaines montagnes alpines ! Il y en a même une qui fabrique des meubles de cuisine dont la prise de commande est directement pilotée par le client final, dont la chaine de production peut gérer du sur-mesure individualisé, qui est respectueuse de son environnement en recyclant ses déchets, qui a des robots là où ils sont nécessaires et des hommes ailleurs, qui a un système d’information à faire pâlir d’envie les plus grands informaticiens mondiaux… et qui fait cela dans le silence de sa vallée depuis des années. Tout cela parce que des gens normalement constitués font admirablement travailler une petite masse rose dans une boite dite crânienne et connaissent leur métier sur le bout des doigts.

Alors oui, l’usine du futur c’est une usine d’aujourd’hui, celle de vrais entrepreneurs qui savent prendre les risques là où c’est nécessaire, qui investissent le « juste ce qu’il faut », qui savent faire monter en compétences leurs équipes, qui se battent contre les fournisseurs qui bloquent des standards fermés, qui co-développent, qui trempent leur chemise, qui acceptent de se planter avant de réussir.

L’usine du futur, c’est tout cela. Elle n’existe pas dans le futur car elle est souvent dans notre présent : une usine de l’intelligence et des vrais entrepreneurs, une usine de l’optimisme. 

Elle n’existe pas ? Eh ! Pourquoi pas !

Pour le Robert Desnos de l’industrie :
André Montaud
am@thesame-innovation.com 

jeudi 18 février 2016

C'est un truc de malade !


Une des grandes difficultés d’une chronique innovation, c’est de trouver LE titre accrocheur qui gardera en haleine quelques lecteurs absolument pas concernés par le sujet. Cette fois-ci, j’aurais pu essayer le très élitiste «La mort en direct », genre Télérama. Mais qui se souvient encore de cette admirable interprétation de Romy Schneider dans un film visionnaire de Bertrand Tavernier ? J’aurais pu rejouer le « Plus belle la vie » qui a fait exploser tous les compteurs de mon blog innovinnov. J’aurais pu être tenté par la subtilité du X : « Vibrations au 7ème ciel » ou me contenter de la description cartésienne du sujet : « tenseur métrique et invariance de Lorentz ».Mais j’ai préféré retranscrire, ce qui a suivi mon « wouah », après l’annonce de la détection des ondes gravitationnelles : « un truc de malade ».

Bon, je sais, dit comme ça, le sujet n’est pas plus excitant que l’annonce du prochain loto dans une salle des fêtes méconnue, même si, dans ce cas, il y a un prix Nobel à la clé. C’est tout le problème avec ma chronique. Filer moi un thème sur le prix de l’essence, l’Euro de foot ou la météo du prochain week-end et je suis le roi du monde ! Mais les ondes gravitationnelles, non mais, comment vais-je récupérer l’avocat éloquent, le décolleteur usino-futuriste, la ménagère de 50 ans té-èfunienne, l’économiste boursicoteur ou l’agriculteur biocoopérateur ? Et pourtant,l’annonce faite 3 jours avant la Saint Valentin est un vrai truc de malade. Un truc à rendre amoureux de la science, des légions de jeunes boutonneux en manque d’expériences émoustillantes.

Commençons par le plus facile, expliquer ces machins gravitatioschtroumphs. Un copier-coller de Wikipédia fera bien l’affaire :

« Les ondes gravitationnelles sont définies comme les perturbations de la métrique qui du point de vue des équations d'Einstein sont découplées des perturbations du tenseur énergie-impulsion. Les ondes gravitationnelles ont une symétrie tensorielle (mathématiquement, on parle de spin 2), par opposition aux perturbations de la matière». 




Malaise : là, je pense qu’ils avaient un schtroumph farceur chez wiki. On va essayer de faire plus simple. Les ondes, on est baigné dedans depuis tout petit. Il y a les ondes sonores, qui se déplacent dans l’air et vous permettent d’entendre le rossignol ou le vacarme du marteau-piqueur. Il ya les ondes électromagnétiques bien utiles pour faire réchauffer votre plat favori ou pour écouter NRJ et France Bleue Pays de Savoie. Ici, ce sont des électrons véloces qui sont en action, sauf que certains sont cuisiniers alors que d’autres sont musiciens ou attachés au terroir. Pour la gravitation, c’est pareil. Si on accélère très vite un objet qui a du poids, disons une Ferrari Testarossa ou une Porsche 911, celui-ci va générer des ondes gravitationnelles. Ca semble improbable, et pourtant c’est vrai, c’est même Einstein qui l’a dit en…1916. Le hic, c’est que la taille de ces ondes est microscopique. Du genre microscopique de chez microscopique. Alors, avoir une micro chance de les observer relève du miracle. Il faut des évènements très particuliers avec des objets monstrueusement massifs : des dizaines de soleils condensés dans une sphère de quelques kilomètres. Dans le jargon des astronomes on appelle cela des étoiles à neutrons ou des trous noirs.

Donc admettons : on a la bosse des maths, on comprend par cœur Einstein dans le texte, on fait des savants calculs et on se rend compte que si deux objets méga massifs tournent l’un autour de l’autre, ça a va freiner un max parce que les ondes gravitationnelles vont pomper de l’énergie. Mais vous savez comment est le genre humain. Même s’il a la preuve indirecte du résultat, même si la théorie fonctionne, il veut voir en vrai ! Il veut toucher ! Nous sommes tous des Saint Thomas en puissance : il faut voir pour croire.

Et là, les choses se gâtent. Il vous est évidemment arrivé de jeter un caillou dans l’eau et de voir se former des ondes concentriques qui s’éloignent du point d’impact. Plus elles sont lointaines, plus elles sont petites. Bon, alors imaginons que maintenant vous soyez à la pointe de la Bretagne et que vous jetiez ledit caillou dans l’Atlantique. Oui, je sais, il pleut mais ça n’a pas d’importance. Vous passez un coup de fil, à Bill, votre copain de New-York et vous lui demandez de vérifier quand arriveront vos perturbations caillouteuses. Il va vous prendre pour un fou et il aura raison. Entre les tempêtes, les courants, les vagues, il aura fort à faire pour repérer votre signal. Et bien, cela c’est facile par rapport à ce qu’ont dû imaginer les astronomes pour détecter un bruissement d’un moustique gravitationnel dans le vacarme d’un Concorde universel au décollage. C’est tellement dur, qu’ils se sont cassés les dents pendant des dizaines années.

Les « télescopes » à ondes gravitationnelles, s’appellent des interféromètres de Michelson, un engin vieux de plus de 100 ans et bien connu des opticiens et des mécaniciens, lorsqu’on veut mesurer des surfaces sans défaut. Dans le cas présent, la bête en forme de L majuscule fait deux fois 4 kilomètres de long. Un laser envoie son faisceau dans les deux bras. La lumière est réfléchie au bout du voyage par des miroirs. En revenant au point de départ, les photons, en se recombinant, forment des interférences : des bandes blanches et noires. Si la longueur des bras évolue de façon différente, ce qui est le cas lors du passage d’une onde, les interférences seront différentes. Le principe est simple, la vraie vie franchement plus complexe : il faut atténuer les vibrations de la terre, faire un vide poussé dans l’instrument, corriger le bruit de fond électronique et tenter de trouver un micro signal dans tout cela. Un vrai truc de malade !

C’est pourtant ce qui est arrivé le 14 septembre 2015 à 9h50mn45s (T.U). A cette heure là (la pleine nuit aux USA) c’était l’Europe qui était de garde pour surveiller l’instrument. Un post-doc (une sorte de thésard +++) est alerté par un drôle de signal de 0.2 seconde. Je ne sais pas si vous saisissez bien la scène : pendant des jours, des semaines, des mois, il ne se passe strictement rien et puis soudain, un PFFFFUIIIIT d’un pouillème de seconde. Si le gars était allé se faire un café à ce moment là, rien, nada. Bon, il appelle son chef qui croit d’abord à un test pour vérifier que les équipes sont toujours en alerte, il croit ensuite à une erreur, mais après 15 jours de contrôle, le résultat tombe : deux trous noirs à 1 milliard d’années-lumière se sont effondrés l’un sur l’autre. Ils ont déclenché un monstrueux cataclysme qui a dégagé autant d’énergie que toutes les étoiles du ciel réunies… et balancé les fameuses ondes gravitationnelles à l’autre bout de l’Univers.

L’histoire est belle à plus d’un titre. D’abord la découverte est celle d’un italien, travaillant en Allemagne sur un instrument américain : fabuleuse intelligence mondiale. Ensuite, c’est le résultat d’un acharnement technologique qui a poussé les limites des industriels au-delà de tout ce que l’on savait fabriquer en mécanique, électronique, optique, informatique. Enfin, c’est la beauté de l’acte gratuit : malgré les difficultés budgétaires, malgré des arbitrages politiques souvent douloureux, la grande Science a encore pu jouer son rôle, celui qui prouve que l’Homme est une étonnante créature, curieuse de nature et jamais satisfaite de son savoir.
Un truc de malade, je vous dis !

André Montaud

NB. Je tiens à m'excuser auprès de tous les physiciens pour mes approximations multiples qui n'ont pour d'autres buts que de faciliter la tache de votre dévoué rédacteur et des valeureux lecteurs qui ont franchi sans encombre toutes ces lignes gravitationnelles !

vendredi 15 janvier 2016

Oui, c'est moi, enfin ce qu'il en reste !

Cher Georges,

Oui je sais, je suis un peu familier en t’interpellant par ton prénom. Mais bon, c’est une pratique courante aux Amériques où tu vis, non ? Je ne vais quand même pas dire, cher Monsieur Lucas : toi et moi, on se connait depuis trop longtemps. Enfin, surtout moi d’ailleurs, car celà fait 40 ans que je suis ton adepte, addictif du menu déroulant que tu inventas pour ouvrir les films de ta saga multi planétaire. Je me souviens encore de ce travelling d’ouverture sidéral, interrompu par l’arrivée d’un vaisseau gigantesque venu du fin fond de la galaxie, ou, pour être plus exact, des derniers rangs de la salle de cinéma, par la magie des premiers Dolby Surround Stéreo. Je me souviens de ce survol époustouflant en rase motte de l’Etoile de la Mort, réalisé avec 3 bouts de maquettes, où l’on inclinait la tête en suivant les manœuvres d’évitement de Luke Skywalker. Je me souviens, de cet étonnant maitre Yoda et des non moins innovants sabres lazer qui animaient aussi des combats virtuels dans les cours de récréation. Je me souviens de ta géniale idée de commencer une saga à l’épisode 4, houps pardon IV, car tu utilisais malicieusement les chiffres romains. Je me souviens de ces conjectures de doctes experts sur le pourquoi et le comment de ce début commençant à mi-chemin. Je me souviens de ta capacité à nous faire plonger dans un space opera totalement hors norme.

Oui, cher Georges, je suis réellement un addictif compulsif et un disciple inconditionnel depuis « La Menace Fantôme » jusqu’au « Retour du Jedi ». Oui, j’ai greloté avec toi sur la planète de glace Hoth. Oui, j’ai été « amoureux » de la princesse Leïa. Oui, j’ai adoré que tu nous perdes avec de nouveaux personnages et de nouveaux mondes dans la seconde trilogie, enfin, la première : la déroutante prélogie.

Alors tu comprendras probablement que je sois tombé des nues (sans jeu de mot) en voyant ce septième épisode. Je sais, tu vas me dire que tu n’es plus concerné, ayant vendu pour la modeste somme de 4 milliards de dollars, tes droits d’auteur STAR WARS pour les prochaines années. Mais en te créant un confortable matelas de monnaie, n’as-tu pas vendu aussi ton âme au diable du marketing ? En fait, en découvrant « Le retour de la Force », j’ai compris que je voyais probablement le premier film issu du Big Data. Ne te méprends pas ! La réalisation est bien léchée. Le mélange images de synthèse/images réelles est simplement parfait. Le nouveau petit robot BB8 est trognon. Mais j’ai vécu en accéléré toutes les références des 6 épisodes de Star Wars sans retrouver l’émotion passée. Peut-être que je vieillis ! Remarque, ce n’est pas grave pour les jeunes nouveaux boutonneux qui découvrent ainsi « ton » monde. Mais n’as-tu pas flingué au passage les légions de vieux croutons dont je fais partie ?

Je vois bien ce qui a dû se dire dans les bureaux de la direction de Disney entre les vieux directeurs (un directeur c’est has been par principe) et les jeunes geeks de data mining (une génération Y est fringante par nature). 




- 4 milliards de dollars pour un western de l’espace ! Quel est le c.. qui a signé cette folie !
- Non, non boss, le Big Data nous montre que l’on va rentrer dans nos fonds dès le second épisode. Il suffit de suivre le modèle.
- Are you kidding, guy ?
- En fait, il suffit de reprendre les vieilles recettes que vous aimez (les jeunes geeks savent super bien flatter les vieux managers) et de les confronter aux attentes que nous avons modélisées au travers des milliards de données issues des réseaux sociaux. Tiens, l’amour improbable entre la princesse Leïa et le contrebandier Yan Solo. Ca avait fait un tabac. On va les remettre en état de marche, histoire de flatter les vieux, houps pardon les inconditionnels de toujours, et on va réitérer avec du sang neuf. Il suffit de trouver une jolie rebelle et de l’associer à …
- Oui, à qui ? On va pas reprendre un autre senior relifté des Aventuriers de l’Arche Perdu.
- Non, non ! On va choisir un Star Trouper. L’ennemi juré. C’est bien ça ! Un gars de l’Empire qui revient du bon côté de la force. C’est même consensuel. En plus, les datas prouvent que si on choisit une personne de couleur, cela entrainera des sympathies ethniques majeures. Du business en plus.
- Mais c’est génial votre machin data. Et pour Yoda qui est mort de sa belle mort, on fait quoi ? On ne va quand même pas le ressusciter.
- Pas la peine, Boss ! Ce que veulent les spectateurs, c’est retrouver une certaine vision de la sagesse. On a fait tourner nos modèles et une petite vieille, toute fripée mais avec de grands yeux profonds permet de retrouver l’adhésion d’une majorité. Idem, on va refaire une grosse attaque, d’une bien plus grosse Etoile de la Mort (merde on en veut pour 4 milliards !). 100% du panel en redemande.
- Hey, les petits gars, faudra que je vous confie d’autres scénarios si ce que vous dites est vrai.

Alors Georges, ce n’est pas un peu cela qui s’est passé ? Tu sais, j’en ai gros sur la patate et sans doute toi aussi. D’ailleurs, tu as été tenu éloigné de la nouvelle réalisation. Un vieux grognon comme toi n’aurait pas pu laisser faire !

Et moi aussi, je grogne ! Car au-delà de ce scénario parfait mais dénaturé, c’est un futur totalement modélisé qui me fait peur et qui me révulse. Le big data est la plus belle et la plus terrible des choses. Efficace, le big le sera dans tous les cas. Utile, il le sera évidemment en trouvant des relations pertinentes entre des données à priori totalement ésotériques. La smart city sera gavée de big data pour optimiser les consommations énergétiques ou réduire les embouteillages. Le médecin pourrait améliorer ses diagnostics avec quelques suppositoires au big data concentré. Les assurances feront les yeux doux à leurs monstrueuses bases de data pour le meilleur ou pour le pire de notre prime annuelle. Mais la big data c’est aussi anticiper nos comportements et là, pour moi, ça coince. Que nous le voulions ou pas, la vague du big data sera big, mais vraiment très big. Elle nous submergera toi et moi, mais essayons de ne pas l’utiliser pour tout et n’importe quoi.

Je sais ce que tu vas me rétorquer, Georges. Monsieur Disney te souffle dans l’oreille que sa méthode est la bonne. Et il te le prouve, jour après jour, en faisant de STAR WARS la plus belle « cash machine » de l’histoire du cinéma et des produits dérivés. Et hélas, il a mille fois raisons ! Mais a-t-on réellement besoin de produits «parfaits » … et sans saveur ? Le STAR WARS de demain doit-il être le Mac Do cinématographique global du 21ème siècle : identique partout, sans accroc, sans surprise, sans saveur. Un produit lisse, un simple « machin » utilitaire que l’on prend et qui ne laisse pas le moindre souvenir.

Alors oui, ami Georges, STAR WARS est passé du coté obscur de la data force. Mais j’espère qu’avec ton petit pactole de dollars tu me feras à nouveau frétiller en mobilisant ton intelligence créative et exubérante. Tu le sais comme moi, ce ne seront ni l’intelligence artificielle ni le big data qui enfanteront les Leonard de Vinci, Rodin, Eiffel ou Visconti de demain. On ne crée pas de chef d’œuvre avec une photocopieuse. L’innovation de rupture est dans nos neurones, pas dans les bits des ordinateurs.

Georges, reprend la main, c’est ton ami inconnu qui te le le demandes afin que Yan Solo ne puisse plus jamais dire : « oui c’est moi, enfin ce qu’il en reste » ! Que la force soit avec toi !

André Montaud
am@thesame-innovation.com